Maïmouna Bocoum, l’art de chercher entre les disciplines

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Maïmouna Bocoum, l’art de chercher entre les disciplines

Récente lauréate du prix Irène Joliot-Curie, Maïmouna Bocoum a débuté son riche parcours académique par l’ENSTA. Si elle a fait beaucoup de chemin depuis, il lui arrive encore de consulter ses notes de cours lorsqu’elle a besoin de se familiariser avec une nouvelle discipline. Car pour mieux découvrir, la chercheuse à l’étonnante créativité a un secret : elle n’a jamais cessé d’apprendre.

Tous les enfants qui s’enthousiasment devant les expériences du Palais de la Découverte et autres centres de culture scientifique ne deviendront pas nécessairement chercheurs. Mais quasiment tous ceux qui le deviennent gardent un souvenir émerveillé de leurs visites dans ces lieux de culture scientifique, qui ont incontestablement joué un rôle dans leur vocation. Maïmouna Bocoum est de ceux-là.
« Enfant, mes parents m’emmenaient souvent au Palais de la Découverte, et j’en garde des souvenirs incroyables. En particulier les expériences sur l’électricité statique, ou celles sur la diffraction de la lumière. Ça me fascinait littéralement ! »

Expérience dans la salle d’électrostatique du Palais de la Découverte. Crédit : Palais de la découverte / C. Rousselin

Au lycée, cette fascination pour les sciences se focalise sur la physique. De retour à la maison, Maïmouna repense souvent aux notions abordées en cours, à leurs implications et aux questions qu’elles font naître dans son esprit en ébullition. Elle veut comprendre, et s’en donne les moyens en choisissant une filière scientifique à l’issue de laquelle son excellent dossier lui permet d’intégrer une classe prépa.

Au moment des concours, elle choisit d’intégrer la formation d’ingénieur généraliste de l’ENSTA dont elle sait que les enseignements scientifiques sont d’un excellent niveau, et lui permettront d’encore progresser tout en lui laissant un large éventail de choix après le diplôme.

« Je tenais à faire une école pluridisciplinaire car je ne voulais pas être confinée à un seul domaine. Bien sûr, la bonne position de l’École dans les classements était aussi un critère. J’ai trouvé à l’ENSTA exactement ce que j’étais venue y chercher, à la fois un enseignement généraliste mais qui en même temps nous permettait d’aller très loin en mécanique des fluides, en physique et en mathématiques. »

Le plus étonnant est peut-être qu’aujourd’hui encore, bientôt 15 ans après l’obtention de son diplôme, Maïmouna Bocoum retourne régulièrement à ses cours de l’ENSTA.
« Les cours de l’ENSTA sont très bien faits et d’un excellent niveau. Même au niveau recherche, lorsque j’ai besoin de me familiariser avec un nouveau domaine, j’y trouve tout le nécessaire. Ces cours sont une formidable boite à outils dont je me sers encore très fréquemment. »

Maïmouna Bocoum

Armée de ce solide bagage en maths et en physique et toujours animée par la passion des sciences, Maïmouna Bocoum enchaîne assez naturellement avec une thèse au Laboratoire d’optique appliquée, un des 13 laboratoires de l’École. Elle y mène des recherches sur la génération d’impulsions lumineuses très courtes, dans le domaine de l’attoseconde, l’unité de temps la plus petite actuellement mesurable, en utilisant un miroir plasma très dense qui réfléchit la lumière.

« L’idée était de générer des impulsions lumineuses à des fréquences bien plus courtes que la fréquence optique de manière à sonder des processus fondamentaux de la matière sur des échelles de temps très courtes : mouvements des électrons, processus chimiques élémentaires, etc. »

Mais pour Maïmouna Bocoum, la thèse n'est qu'une étape. Loin d’avoir étanché sa soif d’apprendre, elle enchaîne avec un post-doctorat à l’Institut Langevin dans un domaine tout nouveau pour elle, l’acousto-optique.

Imagerie acousto-optique associant un laser optique et une sonde à ultrasons. L'objectif de ces recherches est de mettre au point un appareil d'imagerie optique permettant de détecter un contraste d'absorption ou de diffusion dans les tissus, pour détecter une tumeur à travers le sein par exemple. Crédit : ESPCI

En quoi cela consiste ? Observer l'intérieur du corps humain à l'aide de la lumière est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît, comme on peut s’en rendre compte en allumant une lampe de poche sous sa main dans l’obscurité : les tissus biologiques diffusent fortement la lumière. Cette particularité limite la profondeur à laquelle il est possible de voir. Une solution consiste à combiner la lumière avec des ultrasons afin d'obtenir des images plus profondes et plus précises : c'est le principe même de l'imagerie acousto-optique.

« Changer de discipline est un terreau extrêmement propice à la créativité, et je ne rate jamais une opportunité de passer du temps dans un labo qui n’est pas le mien. Cette interdisciplinarité permet de repérer à la fois des analogies mais aussi des problématiques communes, et de faire naître des idées nouvelles dans l’un et l’autre domaine. »

Grâce aux principes de l’acousto-optique, Maïmouna Bocoum développe des technologies d’imagerie pour la détection précoce de tumeurs situées dans la profondeur des tissus, et qui pourraient être des alternatives non-invasives aux biopsies.

Toujours portée par l’interdisciplinarité, elle s’intéresse depuis un passage à l’Institut Niels Bohr de Copenhague à des techniques d’imagerie alliant l’utilisation d’ultrasons couplés à des détecteurs quantiques de champ magnétiques.

« D’après les données dans la littérature scientifique médicale, la conductivité des tissus est une des premières modifications constatées à la surface des tumeurs. Là encore, l’espoir est celui d’une détection des tumeurs à un stade extrêmement précoce, bien avant qu’elles aient commencé à proliférer. »

Lauréate du prix Irène Joliot-Curie, qui depuis 2001 récompense des femmes scientifiques se distinguant par la qualité de leurs recherches, Maïmouna Bocoum retire une très grande fierté d’ainsi contribuer par son exemple à défendre la place des femmes dans les sciences, et au final la science elle-même.
 

Maïmouna Bocoum dans son laboratoire de l'Institut Langevin

Chaque fois que j’ai l’occasion de m’adresser à un public de jeunes, filles ou garçons d’ailleurs, je n’ai qu’un message très simple à leur transmettre : cultivez votre curiosité pour les sciences, allez aussi loin que cette curiosité vous mènera, et mettez tout ce qu’elle vous aura permis d’apprendre au service du bien commun.

Maïmouna Bocoum Chargée de recherche au CNRS - ENSTA 2012

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