Une thèse pour caractériser la résistance d’une structure textile immergée

Alumni, Formation, Recherche Ingénierie marine

Les nuisances sonores générées lors de l’installation d’éoliennes offshore suscitent une attention croissante. Ingénieure formée à l’ENSTA dans la spécialité « modélisation mécanique des matériaux et structures », Jeanne Cavoit a réalisé sa thèse sur la caractérisation d’une structure innovante destinée à limiter la propagation du bruit lors de travaux en mer. Ses travaux, financés par l’entreprise Sealence, ont été co-encadrés par l’Institut de Recherche Dupuy de Lôme (IRDL) et l’Ifremer.

Au cours de son stage de 2e année de sa formation d’ingénieur généraliste à l’ENSTA, Jeanne découvre l’univers de la recherche et envisage de poursuivre en thèse au terme de son diplôme. 

« J’ai toujours voulu faire de l’innovation, la thèse allait dans ce sens et je voulais étendre mes connaissances afin d’ouvrir la suite de ma carrière sur des postes orientés R&D ».

Jeanne Cavoit Ingénieure docteure

En dernière année d’études, ses enseignants lui proposent deux thèses. La première pour l’entreprise Sealence en lien avec le projet Subsea Quieter et la seconde dans le domaine aéronautique sur des matériaux composites. 

« J’ai choisi celle avec Sealence dont l’impact sur l’environnement était positif et qui m’ouvrait un large champ de recherche dans lequel j’aurai des libertés sur les orientations à prendre ».
 

L’étude de panneaux textiles gonflables capables de réduire le bruit sous-marin

Afin de limiter les nuisances sonores sur les écosystèmes marins générées lors de l’installation d’éoliennes posées en mer, l’entreprise Sealence (ex Greenov) a conçu un système de panneaux textiles gonflables. Déployés autour du pieu lors de l’installation, ils permettent de confiner le bruit. Le système, utilisé successivement sur chaque pieu est dégonflé, plié puis redéployé. Pour déterminer la durée de vie de la structure, l’entreprise a confié à Jeanne Cavoit, dans le cadre d’une thèse CIFRE avec l’IRDL et l’Ifremer, la caractérisation mécanique du matériau.

« Le matériau est assez proche de ce qu’on retrouve dans les stands up paddle gonflables. Lorsque la pression est suffisante, la structure est dure et stable. Dans cette thèse, les difficultés étaient multiples. Il a fallu tenir compte de la complexité de la structure qui associe plusieurs matériaux mais également des multiples contraintes imposées à ces matériaux ». 
 

En effet, la structure étudiée rencontre différentes sollicitations au cours de sa vie : gonflages et dégonflages répétés, pliages aléatoires de la toile lorsqu’elle est rabattue, mais aussi une évolution dans un environnement marin et l’exposition à des UV et hautes températures lors des phases de transport en containers.

« Cela représente beaucoup de paramètres. J’ai donc, avec l’accord de mes encadrants de l’IRDL, de l’Ifremer et de Sealence, fait le choix de me concentrer sur le vieillissement en milieu marin et l’impact des pliages. Deux éléments qui nous semblaient les plus critiques pour le tissu étudié ».
 

Afin de valider ses modèles, Jeanne réalise de nombreux essais sur des éprouvettes dans des cuves de l’Ifremer et sur des moyens d’essais de l’IRDL.

« J’ai dû tester plus de 500 échantillons. Les résultats montrent que toutes ces sollicitations ne sont pas critiques pour la structure ».

Les résultats confirment donc la fiabilité de la solution d’un point de vue mécanique. 

La thèse : une aventure humaine collective

« Avant de débuter ma thèse, j’avais ce cliché du doctorant isolé. Mais ça ne s’est pas passé comme ça pour moi. Je partageais mon bureau avec un ami doctorant et j’avais cinq encadrants très à l’écoute », confie-t-elle. Malgré des moments de remise en question, le dialogue avec ses directeurs de thèse lui a permis de prendre du recul et de mesurer le chemin accompli. Un élément clé, selon Jeanne, pour la réussite d’une thèse.

Mobilisée pendant ses années d’études contre les discriminations au sein d’un collectif d’étudiants et personnels de l’ENSTA, elle a choisi de poursuivre son engagement lors de sa thèse. Jeanne imagine avec une enseignante d’anglais un atelier pour outiller les doctorantes et leur permettre de répondre en anglais à des propos déplacés. « Il est important de ne pas rester démunie », souligne-t-elle. L’atelier a depuis été proposé également à des étudiantes avant leur départ en stage à leur international.

Pour la suite de sa carrière, Jeanne a choisi de s’installer à Toulouse. Elle ambitionne de poursuivre en recherche et développement, au service d’un industriel. Son parcours déjà illustré par deux prix (Prix du Master Arnaud Metsue en 2022 de la Société Française de Métallurgie et de Matériaux obtenu suite à son projet de fin d’études et le Prix Mecamat 2025 du meilleur poster) annonce une brillante carrière.  
 

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