Une bibliothèque nationale des vocalisations de dauphins

Recherche Ingénierie marine

Lancé fin 2024, le projet PAMCéClass confié à l’ENSTA par l’observatoire de l’éolien en mer et financé par l’Office Français de la Biodiversité (OFB) a pour ambition de créer une bibliothèque nationale de vocalisations de plusieurs espèces de delphinidés présentes sur les côtes françaises métropolitaines dans le but de créer un outil de classification acoustique robuste afin de mieux les identifier et, in fine, les protéger.

Le déploiement de parcs éoliens en mer sur les côtes françaises est systématiquement associé à des études d’impact environnemental. Parmi les points d’attention mesurés, la présence de mammifères marins.

L’éolien en mer est l’une des composantes du mix énergétique français. Les objectifs prévoient le déploiement de 50 parcs d’ici 2050. Pour mesurer les risques associés à chaque chantier des études d’impacts sont menés sur site en amont des travaux, pendant et après, pendant la phase de fonctionnement. Elles concernent notamment l’impact du bruit généré par les travaux ou le fonctionnement des éoliennes sur les mammifères marins dont les dauphins.

Pour réaliser cet état des lieux, les bureaux d’études - tels que Biotope, le bureau d’étude partenaire du projet - déploient des enregistreurs acoustiques autonomes  en mer, dans une zone témoin et sur la zone des travaux, afin de capter le paysage sonore sous-marin, assurer un suivi et comparer les données.
 

« Actuellement, les outils disponibles en libre accès utilisés pour analyser et classifier les sons ne permettent pas de différencier les espèces de delphinidés présentes sur nos côtes alors que les enjeux de conservation ne sont pas les mêmes d’une espèce à l’autre. Il y a vraiment un besoin de développer un outil de classification robuste, spécifique à nos différentes sous régions marines et accessible à tous. »

Naïs Caron Delbosc Ingénieure de recherche en acoustique à l’ENSTA, laboratoire Lab-Sticc

Les 5 étapes clés du projet PAMCéClass :

  1. Mettre au point d’un protocole de collecte des données en point d’écoute standardisé par les chercheurs de l’ENSTA/laboratoire Lab-STICC
  2. Former des partenaires du projet (associations et parcs naturels marins) aux bases de l’acoustique sous-marine et à la collecte de données acoustiques
  3. Recueillir des données d’observation couplées aux enregistrements acoustiques
  4. Centraliser les données, analyser et annotater manuellement des vocalisations afin de créer une bibliothèque nationale de référence
  5. Développer un outil de classification robuste et spécifique à nossous-régions marines

L’acoustique passive, une méthode non intrusive

« L’hydrophone capte les sons sous l’eau, comme le ferait un micro dans l’air. Dans les enregistrements, les méthodes de détection (manuelles ou automatiques) permettent de détecter les sons que les dauphins émettent : sifflements, clics, buzz, burst-pulses (impulsion en rafales) pour communiquer, se localiser et chasser. Mais les nuances entre espèces sont ténues. Nous avons donc besoin de coupler des observations visuelles aux sons enregistrés pour initier une base de données de signaux acoustiques de delphinidés afin de permettre une classification acoustique des espèces ».

Quatre associations (AL LARK, le GECC, MIRACETI et Les Peuples de la Mer) ainsi que 3 parcs naturels marins (PNM d’Iroise, PNM du Golfe du Lion, PNM des Estuaires Picards et de la Mer d’Opale) sont associés au projet.

Lorsqu’ils identifient dans leur zone géographique des dauphins, le protocole est mis en œuvre : le moteur du bateau est coupé et l’hydrophone déployé pendant quelques minutes. Pendant ce temps des informations doivent être renseignées sur une tablette (position, nombre d’individus, espèce…). L’ensemble des données remontent ensuite sur les serveurs de l’ENSTA et sont analysées par Naïs Caron Delbosc.
 

« Nous cherchons à distinguer 5 grandes espèces :  le grand dauphin, le dauphin commun, le globicéphale noir, le dauphin de Risso et le dauphin bleu et blanc. 

" On peut également rencontrer sur nos côtes le marsouin commun mais ses clics sont émis dans les hautes fréquences ce qui permet déjà de l’identifier facilement. A l’échelle de notre planète, une même espèce de dauphin peut émettre des sons dont les paramètres diffèrent sensiblement à l’image des accents dans différentes régions. Quelques différences peuvent également apparaître d’une façade maritime à une autre. Plus nous aurons d’observations et d’enregistrements associés, plus nous pourrons élaborer un classificateur de vocalisations précis et juste ".

Le projet va s’étendre sur 3 ans, jusqu’à la fin de l’année 2027. D’autres partenaires devraient s’ajouter progressivement grâce au soutien récent du Groupe d’intérêt scientifique des éoliennes d’île d’Yeu et Noirmoutier (EMYN).
 

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