Gabriel Betton : en immersion dans les réseaux karstiques

Innovation, Recherche Défense & Sécurité, Ingénierie marine, Transport et mobilité
Gabriel Betton sur une des coursives du Grand Hall du campus Paris-Saclay de l'ENSTA

Sous nos pieds, dans l’obscurité souterraine, un réseau naturel s’étendant sur plus d’un tiers du territoire français assure l’alimentation en eau potable de près de 30 millions de personnes. Mais la qualité de ce vaste réservoir d’eau douce est menacée par le changement climatique et la pollution. Comment explorer ces réseaux afin de protéger l’eau qui y circule ? Gabriel Betton, doctorant au sein du Lab-STICC, travaille à la mise au point d’un robot bio inspiré capable d’y évoluer de façon totalement autonome.

A quoi ressemble l’entrée d’un réseau karstique ? Souvent à un paisible point d’eau dont il est difficile d’imaginer ce qu’il recouvre : un vaste réseau de plusieurs dizaines de kilomètres de boyaux, galeries et cavités creusées dans des roches calcaires et immergés profondément sous le sol. Si des plongeurs équipés de bouteille voulaient se lancer dans l’exploration de ces puits sans fond, ils parviendraient très vite à leurs limites physiologiques, et l’exigüité de certaines galeries leur interdirait tout passage.

Pourtant, il y a un enjeu crucial à comprendre les méandres de ces réseaux karstiques dit aquifères (littéralement, « qui apportent l’eau »), et la façon dont ils réagissent aux précipitations et à la pollution.

La Fontaine de Vaucluse, qui est en fait l'unique sortie d'un immense réseau karstique aquifère s'étendant sur plus 1100 km². Crédit : Par Rolin — Travail personnel, CC BY-SA 3.0. Wikipedia

Comme l’explique Gabriel Betton « les hydrogéologues cherchent à modéliser et comprendre le comportement de ces aquifères lors d’événements météo extrêmes, type sécheresse ou au contraire pluies diluviennes. Cela passe par une cartographie précise des systèmes de grottes, pour mieux comprendre leur structure et le comportement de l’eau qui y circule. »

Des résultats qui aident à prévoir le déplacement des masses d’eau mais aussi les conséquences d’éventuels rejets polluants, et lancer les alertes nécessaires pour éviter les contaminations. Autre problématique, pour les réseaux karstiques situés au voisinage de la mer, celle de remontées d’eau de mer par un jeu de vases communicants en cas là encore de sécheresse ou d’exploitation excessive de la ressource.

reconstruction 3D d'un aquifère karstique grâce aux sonars montés sur le Navscoot, un appareil de mesure conçu par l'équipe EXPLORE de l'Université de Montpellier.

Si les plongeurs sont rapidement limités dans leur capacité d’exploration, la solution pourrait venir de robots sous-marins, tel celui sur lequel travaille Gabriel Betton dans le cadre d'un projet financé par l'ANR Electro-Karst, qui s’intègre à l’un des axes de recherche de l’équipe ROBEX du LabSTICC, avec le support de l’Université de Montpellier. Mais les réseaux karstiques sont à peine moins hostiles pour les robots que pour les humains. « Les galeries, les boyaux peuvent parfois faire des virages abrupts. Dans ce dédale, impossible de dérouler un câble derrière le robot pour le filoguider sans risque de le coincer » poursuit Gabriel Betton.
Le robot explorateur devra donc être entièrement autonome, en énergie comme en décision.
 

« Le robot doit pouvoir cartographier le réseau en déterminant sa position, un problème déjà difficile en robotique terrestre ou aérienne, mais qui l’est encore plus lorsque vous êtes dans l’eau, sous terre, où ni les signaux GPS ni les ondes radio ne peuvent passer, le tout avec des moyens de calcul forcément limités » constate le doctorant.

La feuille de route du robot sera simple : se maintenir au centre de la conduite qu’il explore, se souvenir des embranchements qu’il a rencontrés pour ne pas se perdre au retour, et aller aussi loin qu’il le pourra de façon à avoir suffisamment d’énergie pour revenir à son point de départ et livrer ses données.
 

photo de l'intérieur d'un réseau karstique immergé, utilisée pour tester des algorithmes de centrage

On l’a vu, la manœuvrabilité sera essentielle pour se faufiler dans les passages les plus étroits.

« Pour avoir de la capacité de manœuvre, la première solution qui vient à l’esprit est d’équiper le robot de jeux d’hélices dans les 3 dimensions. Mais outre qu’elles sont gourmandes en énergie, les hélices risquent de soulever des sédiments, et rendre inopérante la caméra dont nous voulons équiper le robot, car l’image apporte une information très riche en matière de cartographie. »

Là où beaucoup auraient été tentés de jeter l’éponge devant tant d’impératifs contradictoires, Gabriel Betton a décidé de s’inspirer de la nature. Il en est arrivé à l’idée d’un robot fusiforme, comme les poissons, et, poussant l’analogie jusqu’au bout, il s’est demandé s’il était possible d’imiter leur nageoire caudale.

« Au final nous sommes arrivés à une sorte de torpille propulsée non pas par une hélice mais une palme bio-inspirée. C’est beaucoup plus manœuvrant qu’une hélice, ça consomme très peu d’énergie, et tout le système de contrôle et d’actuation tient dans un cylindre étanche, avec une liaison ressort en direction de la palme. »
 

Prototype du robot d'exploration karstique développé par Gabriel Betton
Démonstration des capacité manoeuvrantes du robot d'exploration karstique bio-inspiré de Gabriel Betton

Maintenant qu’il sait comment se déplacera son robot, Gabriel Betton a encore un peu plus d’un an de thèse devant lui pour réaliser un prototype complet, lui apprendre à se centrer dans le réseau grâce à la caméra, le tout en ayant recours à des solutions frugales en énergie.
 
Des solutions qu’il pourra bientôt tester dans le grand bassin d’expérimentation air-mer qui sera inauguré en juin prochain sur le campus de Brest.

Note : Le projet de Gabriel Betton a été sélectionné par l’Institut Polytechnique de Paris dans le cadre d’un appel à projets de prématuration destiné à faire émerger les technologies du futur et les usages à fort impact. C’est aussi le cas pour le projet d’une autre doctorante d'un laboratoire de l'ENSTA, Alicia Amari, sur les scaffolds osseux magnétiques.
 

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